2010 : les 125 ans du Parti socialiste

Petite histoire de la Fédération liégeoise

Les temps héroïques

Si le Parti Ouvrier Belge naît lors du congrès organisé au café Le Cygne à Bruxelles les 5 et 6 avril 1885, il s’agit de l’aboutissement d’un processus de réunion des quelques associations ouvrières existantes en Belgique à cette époque.

A Liège, un seul mouvement – l’Union Démocratique- participe au Congrès constitutif du Parti Ouvrier Belge (POB) les 5 et 6 avril 1885. L’Union Démocratique rassemblait plusieurs groupements socialistes ainsi que des libéraux de gauche dont Célestin Demblon (1859-1924) et Théophile Blanvalet (1855-1894).

Si l’Union Démocratique adhère au POB en 1886, elle ne réunit pas un grand nombre de sympathisants par rapport aux nombreux progressistes de la région liégeoise. Il faut dire qu’en cette fin de XIXème siècle, on assiste à une lutte d’influence entre deux forces de gauche : les Socialistes et les Anarchistes.

En mars de la même année, un meeting organisé par le Groupe anarchiste et révolutionnaire liégeois dégénère en émeute. En réaction, une grève spontanée s’étend dans tout le bassin industriel liégeois, si bien que l’armée intervient et tire à plusieurs reprises (un enfant est gravement blessé et un Sérésien est tué). Par la suite, ce mouvement fait tache d’huile s’étendant à d’autres régions industrielles de Wallonie (Centre, Borinage,…). Partisanes d’une révolution pacifique, les instances du POB exhortent les ouvriers au calme et, à l’image de Théophile Blanvalet en appellent à la structuration des organisations ouvrières. Il est utile de rappeler qu’à cette époque, le droit de grève n’existait pas !
Ces événements illustrent deux conceptions différentes de la revendication ouvrière en Belgique et en région liégeoise : la grève générale et immédiate (théorie soutenue par Defuisseaux) ou la conquête sociale sans recours immédiat à la force qui ferait couler le sang de nombreux membres de la classe laborieuse (théorie soutenue par Edouard Anseele et Théophile Blanvalet).

Café Le Cygne sur la Grand-Place à Bruxelles,
photo de René Geurts, 20.12.2009, Coll. privée

Ces antagonismes vont mener le jeune parti au schisme. Ainsi, lors du 1er Congrès national de Jolimont, le 6 février 1887, le principe de la grève générale est voté par deux tiers des délégués. Le Conseil Général du POB refuse de reconnaître ce résultat et exclu Defuisseaux qui s’en va fonder le Parti Socialiste Républicain.

A Liège, l’Union Démocratique suit le mouvement lancé par les dirigeants du POB mais une frange des socialistes liégeois rejoint le Parti Socialiste Républicain. Cette dissidence sera de courte durée. En quelques années, socialistes, socialistes républicains et anarchistes se réunissent sous l’égide du POB.

A la conquête du Suffrage Universel

A l’instar du mouvement socialiste, la Fédération se lance alors dans la lutte pour le suffrage universel, si bien qu’en 1893, a lieu une grève générale pour venir à bout du vote censitaire. Finalement, le vote plural est adopté. Tout homme de plus de 25 ans a droit à une voix mais certains électeurs (pères de famille, propriétaires ou capacitaires -détenteurs d’un diplôme d’enseignement secondaire-), peuvent cumuler jusqu’à trois voix. C’est néanmoins une première victoire pour le POB.

Les effets de cette révision constitutionnelle ne se font pas attendre : pour la première fois, le POB dépose des listes pour les élections législatives du 14 octobre 1894. 28 députés socialistes sont élus dont 6 liégeois : Edouard Anseele, Célestin Demblon, Hector Denis, Jean-Baptiste Schinler, Alfred Smeets et Joseph Wettinck. Quelques mois auparavant, le POB, réuni en congrès, s’était défini des principes fondamentaux dans la chartre de Quaregnon.

En 1902, allié aux libéraux, le Parti Ouvrier Belge estime qu’il est temps d’aller plus loin. Dès février, meetings et manifestations sont organisés dans la région liégeoise. La grève générale est décrétée, la tension monte et des troubles éclatent. Mais le gouvernement résiste et, vu la violence grandissante, les libéraux renoncent. Ils sont bientôt suivis par le Conseil Général du POB qui préfère garder une approche plus parlementaire. La base désapprouve ce choix. Le Parti Ouvrier le payera aux élections suivantes.

En ce début du 20ème siècle et à l’instar du POB, un débat divise les socialistes liégeois : il s’agit du ministérialisme. La question est de savoir si le Parti Ouvrier peut entrer dans un gouvernement sans trahir ses convictions !

En 1912, la Fédération liégeoise du Parti Ouvrier récupère 6 sièges dans l’arrondissement de Liège : Hector Denis, Léon Troclet, Samuel Donnay, Jean-Baptiste Schinler, Joseph Dejardin et Célestin Demblone. Mais le lendemain, le 3 juin, s’avère être un jour de drame !

En ce 3 juin 1912, de nombreux ouvriers décident de débrayer et de manifester dans les grands centres industriels. Ainsi, venus de la périphérie industrielle, ils descendent à Liège « fêter la victoire ». Des troubles éclatent et la répression qui suit est sanglante. La gendarmerie se poste devant La Populaire et finit par ouvrir le feu sur la Maison du Peuple, faisant 3 morts et une vingtaine de blessés !

Voici le récit sans nuance et plein d’émotion qu’en fit François Galopin pour l’hebdomadaire La Bataille , édité au sein même de La Populaire : « (…) Mais voici que d’un cerveau malade surgit l’idée de faire appel aux gendarmes. C’était mettre le feu aux poudres. (…) Ils vinrent, vers neuf heures du soir, sans motif aucun, s’installer sur le terre-plein et, de là, tirèrent sur le local. J’entends encore les balles siffler… Et puis l’horrible scène… Des cadavres, des blessés, des cris de colère et l’appel au secours… La mort, sortant des revolvers des gendarmes avait passé… ; il y avait trois cadavres. »




Relève-toi. Affiche éditée par la Fédération liégeoise à l’occasion du 1er mai 1901
Lithographie en couleurs, illustration et texte,
dessin de Wahre Jacob (Berlin),
imprimerie Gordinne, Liège. Coll. ILHS


La Populaire, Maison du Peuple Liège (actuel îlot Saint-Michel),
Imprimerie Coopérative de Liège, 1912, Coll. ILHS

Valère Henault, chargé de rendre hommage aux trois victimes au nom de la Fédération, déclare : « Demain viendra. Les responsabilités s’établiront. Du sang versé jaillira des forces nouvelles de combat. »

Visionnaire, Emile Vandervelde prévient : « Les nôtres ne se sont pas sacrifiés en vain (…). Depuis vingt-cinq ans, chaque défaite apparente du prolétariat a marqué une étape vers son affranchissement final. On a pu fusiller des ouvriers en 1886 et en 1893 mais on n’a pu empêcher la chute du régime censitaire et l’avènement du suffrage général. (…). Devant cette tombe, je vous dis au nom du Conseil Général : Soyez fermes, mais soyez calmes. »

Les mois suivants sont consacrés à la préparation d’une grève générale qui aura lieu en avril 1914.

Petite histoire de la Fédération liégeoise du Parti Socialiste à travers ses Présidents

C’est Léon Troclet qui, en 1918, prend la présidence de la Fédération liégeoise du Parti Ouvrier Belge. Il avait déjà occupé une fonction fédérale quelques années auparavant, puisqu’il avait été Secrétaire de la Fédération de 1896 à 1900.

En juin 1940, suite à l’invasion allemande, Henri De Man décrète la dissolution du POB et crée l’UTMI. La Fédération liégeoise éclate donc en même temps ; de nombreux parlementaires socialistes gagnent la France et l’Angleterre.

Dans l’ombre, un mouvement socialiste clandestin s’organise. Les principaux leaders du mouvement sont René Delbrouck, Charles Rahier (qui lancent le Monde du Travail), Paul Gruselin et Joseph Leclercq. Ils sont rapidement rejoints par des dirigeants syndicaux qui voulaient s’opposer à l’UTMI dont Joseph Bondas. C’est Joseph Leclercq qui devient le Président du PS clandestin de Liège.

Le Monde du Travail, organe de la fédération Provinciale Liégeoise du PSB, 8 mai 1945, Coll. ILHS

Au Congrès de la Victoire de juin 1945, a lieu la création du Parti Socialiste Belge. Une nouvelle Fédération liégeoise est créée et un nouveau Président est intronisé : Joseph Merlot. S’il fut plusieurs fois ministre, il fut surtout actif lors de la Question Royale. Il était partisan de l’abdication de Léopold III et rencontra même le Roi pour évoquer la Consultation Populaire.

Au décès de Merlot en 1959, c’est Simon Paque, son vice-président, qui reprend le flambeau. Il mène son action dans le même sens que Merlot et, en fédéraliste convaincu, il s’engage ardemment en faveur d’une plus grande autonomie wallonne.

En 1977, Edouard Close succède au mayeur de Grâce-Berleur. C’est sous sa présidence que le PSB est scindé en deux ailes : l’une francophone, le PS, et l’autre néerlandophone, le SP. En 1986, Edouard Close quitte la Fédération pour se consacrer à Ville de Liège, en proie à de sérieuses difficultés financières.



C’est à la demande d’André Cools que Paul Bolland reprend la charge fédérale. Il passe quatre années Place Sainte-Véronique et laisse l’image d’un homme autoritaire, volontaire, loyal et intelligent. En 1990, il devient Gouverneur de la Province de Liège et quitte la Fédération.

Le successeur de Paul Bolland sera une successeuse. Marguerite Remy, qui était entrée à la Fédération en 1958 et était alors Secrétaire Fédérale, accepte de reprendre la présidence durant l’année 1990. Elle est la première et unique femme à avoir occupé ce poste.


Paul Bolland, s.d., Coll ILHS

C’est Lambert Verjus qui préside ensuite la Fédération de Liège. Son mandat sera très lourd à assumer puisque, le 18 juillet 1991, André Cools est assassiné. L’enquête qui suit et les « affaires » qui en découlent plongent le PS liégeois dans la tourmente. A la fin de l’année 1992, Lambert Verjus jette l’éponge, tandis que Gaston Onkelinx assure l’intérim.
Marguerite Remy, s.d., Coll. ILHS

Devenu Président en 1993, Michel Daerden reçoit la mission de « pacifier » la Fédération. En 1995, le calme revenu, il s’en va alors vers de nouvelles responsabilités ministérielles et Jean Namotte assure l’intérim.



Secrétaire Général de la FMSS, Michel Dighneef reprend alors le flambeau. Il assure ainsi un lien entre la Fédération et la Mutualité, lointain parfum de l’Action Commune des années 50 et 60. Lassé par les querelles intestines, Michel Dighneef jette l’éponge après deux ans. En sept ans, la Fédération a « usé » cinq Présidents,... autant que durant les septante années précédentes !

Jean-Claude Peeters est alors appelé pour ramener la sérénité Place Sainte-Véronique. Il assume la présidence de la Fédération liégeoise du Parti Socialiste de 1997 à 2003, période durant laquelle les tensions s’apaisent.

En 2003, Guy Mathot est élu à la tête de la Fédération avec pour ambition de faire l’unité autour de son nom. Décédé en 2005, il ne peut aller au bout de son mandat et c’est Willy Demeyer qui assure sa succession. Le Bourgmestre de Liège est réélu en 2007 pour un second mandat.




Guy Mathot, s.d., Coll ILHS




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